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Full Text: Anthropos, 10/11.1915/16

La Maison cabocle (Amazonas, Brésil). 
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Le schéma de la maison cabocle est le tapiri, abri que, pêcheur, il se 
construit au bord de son lac (car ici chacun ou à peu près a son lac, comme 
chez nous son jardin), et que, cultivateur, il dresse dans son champ annuel 
perdu dans la forêt, afin de s’abriter du soleil et de la pluie; car parti de 
bonne heure au travail, le cabocle ne revient souvent que le soir à la maison 
et n’a pas le temps de rentrer chez lui quand l’orage s’annonce, à raison de 
la grande distance. Le tapiri est un toit de feuilles de palmier sur quatre 
poteaux. Les individus qui vivent sans famille s’en contentent très souvent. Il suffit 
à abriter leurs instruments de pêche et leur fusil, leur petite batterie de cuisine 
et leur vaisselle, composées d’une marmite, de deux assiettes et d’une ou deux 
tasses, et d’un couvert, le tout entrant sans peine dans la marmite en terre 
ou dans une caisse. La nuit, ils dressent le hamac entre deux poteaux du 
tapiri, au-dessus d’une natte, ou d’un plancher en tronc de palmier surélevé. 
Ils n’éprouvent le besoin de rien de plus. 
Les gens mariés sont contraints d’avoir quelque chose de plus grand et 
de plus confortable, un teyupawa au lieu d’un tapiri, une maison au lieu 
d’un abri. Pour faire un teyupawa d’un tapiri, il suffit d’augmenter le nombre 
des poteaux latéraux, et les élever au nombre de huit à douze au lieu de 
deux de chaque côté, allonger la poutre qui forme l’arête du toit, et surélever 
ce dernier pour garder les proportions. Nous avons là la maison d’un cabocle 
paresseux. On en rencontre plus d’un qui se contente de ce perfectionnement 
sommaire du tapiri. Ceux-là, avec un sommaire de maison se contentent d’un 
sommaire d’ameublement: un banc, quelques vases en terre, un grand bassin 
en terre pour y cuire la farine, deux mortiers, l’un pour le cocca, l’autre pour 
le café et le chocolat. C’est tout. J’en connais un de la sorte dont la maison 
est si mal couverte que lorsqu’il pleut, sa femme et ses enfants, s’ils veulent 
n’être pas mouillés ou ne l’être pas trop, sont obligés depuis six mois au 
moins (et il pleut tous les jours) de se tenir debout sous un endroit du toit 
un peu moins ajouré. Voyez-vous cette famille se tenant debout, immobile 
comme un canard sous l’eau, et se regardant pendant des heures parfois, 
chacun dans un coin de la maison, attendant que la pluie passe; et cela 
depuis six mois tous les jours, et parfois la nuit, pendant que la forêt est 
remplie de palmiers dont il suffit d’étendre les feuilles sur le toit. Quand 
quelqu’un de la famille tombera bien malade, l’homme ira peut-|tre chercher 
quelques feuilles de palmier à la forêt pour couvrir le toit au-dessus du hamac 
du malade. C’est là un trait du caractère cabocle : il ne marche que poussé 
par l’aiguillon de la nécessité; mais il se soucie assez peu du bien-être. Il 
aime avoir le nécessaire et recherche le superflu, mais se soucie peu de ce 
qui est simplement utile, ou lui procure un solide bien-être. S’il a de l’argent, 
avant de penser à s’acheter de quoi se mettre à l’aise chez lui, de quoi bien 
garnir son trousseau et celui de sa famille, il achètera de l’eau-de-vie pour 
lui, et un bout de dentelle parfois pour sa femme. 
Beaucoup pourtant, poussés sans doute par l’exemple des Blancs qui 
se font des maisons à parois d’argile, bien fermées de tous côtés, avec des 
portes qui ferment l’intérieur de la maison aux regards indiscrets, et une 
cuisine séparée du corps principal de la maison, beaucoup de cabocles, dis-je,
	        
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