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Full Text: Anthropos, 10/11.1915/16

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P. Tatevin, C. Sp. S., 
ont travaillé à perfectionner le teyupawa. Ils l’ont fait plus grand et plus 
commode. Plus grand d’abord en l’allongeant encore, en mettant la cuisine 
au-dehors sous un tapiri spécial, et en l’élargissant d’une véranda à toit 
surbaissé sur l’un des côtés. Plus grand encore et plus commode en la dotant 
d’un grenier formé en plafonnant une partie du teyupawa. Plus commode 
aussi, en fermant de tous côtés une des extrémités du teyupawa , avec une 
seule grande baie ouverte dans la paroi intérieure, et formant ainsi une chambre 
close. Cette paroi est formée de planches dites paèiuba , obtenues en fendant 
en six les troncs de palmier dans le sens de la longueur. Elle protège contre 
les regards indiscrets les secrets qu’abrite le sanctuaire familiale, et la pluie 
d’orage ne peut plus pénétrer par les côtés dans la cabane, et réveiller ainsi 
malencontreusement les pauvres gens, fatigués d’avoir porté le poids du jour. 
C’est cette maison, la maison idéale du cabocle, ayant chambre, grenier, vé 
randa, cuisine sans compter la partie ouverte, la plus importante que nous 
allons étudier en détail. 
C’est dans la partie ouverte comprise entre six, huit ou dix poteaux que 
l’on travaille, les jours où l’on ne sort pas à la pêche ou à la forêt; c’est là 
que l’on reçoit les visiteurs; c’est là que l’on se repose au retour du travail 
pendant le jour. Un hamac y est suspendu en permanence. Quand il y a 
quelqu’un à la maison, on peut dire qu’il n’est presque jamais inoccupé. La 
caboclesse a appris à coudre en s’y balançant; l’homme s’y étend, lorsqu’il 
est ou qu’il se croit fatigué. Sur l’un des côtés il y a un banc formé d’un 
gros madrier raboté à coups de hache. Quand le visiteur arrive, on lui offre 
le hamac, s’il est de condition supérieure; s’il mérite une distinction spéciale, 
on va même lui chercher un hamac plus propre et moins commun que celui 
qui sert à tout le monde; s’il est de condition égale ou inférieure, on lui 
indique le banc, le maître de la maison le reçoit étendu dans son hamac dont 
il se lève à peine pour lui serrer la main. Il est rare que le banc fasse dé 
faut mais enfin cela arrive, et alors un escabeau, ou une caisse européenne, en 
tient lieu. 
Avec le banc et le hamac, quelques-uns possèdent une méchante table. 
Mais c’est déjà un luxe assez rare. Le principal usage de cette table est de 
servir pour les repas, quand il y a des invités. En général, le cabocle préfère 
manger à terre, accroupi sur ses talons ou assis sur une natte, tantôt dans la 
partie ouverte de la maison, plus souvent à la cuisine ou sur le terre-plein 
qu’il a devant sa maison. Quand la table sert au repas, le cabocle est heureux 
d’exhiber sa vaisselle, mais les jours ordinaires il se contente aisément de 
manger avec sa famille dans le même plat en terre cuite, si l’on mange du 
poisson, et dans l’écaille de tortue, si c’est de la tortue qu’on mange. Dans 
ce cas, sans répugnance aucune le cabocle traite le plat commun comme si 
c’était le sien propre. Sur le bord qui est en face de lui, il met un peu de 
farine de manioc dans la sauce pimentée et la pétrit de ses doigts avec un 
morceau de poisson ou de tortue, puis porte à la bouche la boulette ainsi 
préparée. On en est quitte pour se laver les mains après le repas, dans une 
calebasse présentée au père et quelquefois à la mère par l’un des enfants de 
la famille.
	        
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