Monographie bibliographique sur Tile de Pâques.
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Essai d’une monographie bibliographique sur
Pile de Pâques.
Par le Dr. Walter Lehmann,
Assistant au Musée royal d’ethnographie de Berlin.
Traduit en français par le R. P. Théo plia né Calmes, des Sacrés Cœurs de Picpus.
(Suite et fin.)
6. Linguistique.
Les sources pour les éléments de la philologie sont malheureusement
assez rares. Encore faut-il user avec discernement des matériaux dont on
dispose, car plusieurs de ces observations linguistiques ont été relevées
auprès d’indigènes déjà familiarisés avec l’idiome tahitien. Depuis 1860, en
effet, les habitants de l’île de Pâques se sont appropriés en grande partie
la langue de Tahiti.
Toutefois on peut toujours dire avec certitude que le langage est com
plètement polynésien, 1 et en particulier qu’il est apparenté à l’idiome néo-
zélandais. Cook ne comprit de cette langue que les nombres proférés par
les insulaires pour mesurer son vaisseau, mais Mahine, un Tahitien qui
l'accompagnait, put s’entretenir sans difficulté avec les indigènes. Déjà Forster
avait établi la parenté de cette langue avec d’autres langues polynésiennes.
Il en fait un idiome rude et riche en gutturales, comme celui de la Nouvelle-
Zélande. L’«article» co (ko) correspond au néo-zélandais ko =6 de Samoa.
Le caractère primitif des habitants de l’île de Pâques se manifeste surtout
par le maintien des sons gutturaux qui, dans les autres langues polyné
siennes, p. e. dans celle de l’île Samoa, ont disparu. Une sifflante (5) semble
faire défaut; comme d’ordinaire, r et / sont souvent confondues.
Les constatations suivantes sont d’un intérêt général: maori veut dire
«artisan, savant»; c’est probablement là un écho des rapports étroits qui
rattachent les habitants de l’île de Pâques à ceux de la Nouvelle-Zélande.
Le terme polynésien général correspondant à «poule» est moa. «Vent» se
dit tokerau, mot qui rappelle d’une manière frappante le nom d un archipel
connu sous le nom de Tokélau, sous 10° de latitude Sud et de 170 à 175°
de longitude de l’ouest. Puisqu’il est aujourd’hui reconnu que, dans la mer du
Sud, les noms des vents ne sont, dans bien des cas, que les noms des îles voi
sines p. e. à Samoa le «vent de l’Est» s’appelle ttfelau (comp. Tokélau ) 2
1 Voyez aussi Steinthal, dans Zts. f. Ethn. Berlin. VI. Verhdlg. p. 85. Cf. L.-G. Seurat,
Tahiti et les Établissements français de l’Océanie. Paris, 1906. 8°. p. 103.
2 Cf. aussi à Samoa: vai-to'elau comme signification de l’été.