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il le rencontre, il ne peut s’empöcher de lui parler
encore avec amitie, car comment en vouloir a Camille,
qui est si bon enfant?
Mais le dur Saint-Just ne connait pas de pitie.
Il profite une nuit de l’heure avanc&e, de la fatigue
de ses collegues pour lire au Comit€ de salut public
un gros manuscrit plein d’accusations contre Desmoulins
et Danton; cet acte d’accusation, barbare, furieux,
terrifie ceux qui V’entendent, mais personne n’a le
courage de defendre les accuses, chacun craint d’&tre ı0
poursuivi & son tour; et Jächement, les membres du
comit6, signent Vacte d’accusation, au moment oüU
parait Faube d’une froide journee de mars, päle et
blafarde comme eux,
Une heure plus tard, on frappe a coups de crosse 15
a la porte de Camille. «On vient m'’arreter,> dit-il.
Il embrasse pour la derniere fois Lucile et leur petit
Horace, et suit les gendarmes. Lucile pleure, mais
cependant elle espere encore sauver Son mari. «Helas!lı
dit-elle, «je pleure comme une femme, parce qu'il 20
souffre, parce qu'ils le laissent manquer de tout, parce
qwil ne nous voit pas. Mais jaurai le courage d’un
homme, je le sauverai, Pourquoi m'ont-ils laissce
libre, moi? Croient-ils que je n’oserai Elever la voix?
Ont-ils compte€ sur mon silence? . ,. irai aux 25
Jacobins, jiirai chez Robespierre. Il fut notre höte,
notre ami; sa main a uni nos deux mains, il ne peut
&tre notre assassin |»
Camille, pourtant, est arrive & la prison: «Je vais
A Vechafaud,» dit-il, «pour avoir vers€ quelques larmes 30
sur des milliers de malheureux et d’innocents. Mon
seul regret, en mourant, est de n’avoir pu les servir.»