Une moissonneuse, la figure bouleversee de terreur,
etend le bras dans la direction du village. Une lueur
rougeätre Eclaire de ses reflets les nuages qui s’amassent
au-dessus de la colline. Au-dessus des toits de chaume
s’Eleve une Epaisse fumee blanche avec des flammes
que la lumiere du jour laisse ä peine apercevoir.
Le feu est au village.
A ce moment möme, le vent apporte aux travailleurs
le bruit triste et sourd du tocsin. Laissant lä
les gerbes & moiti€ nouges, les pauvres gens courent 16
a leur chaumi@re, Ils rencontrent sur la route les
vieillards et enfants restes au village, aussi €pouvantes
qu'eux-m6emes,
Deja la chaine est form&e; les seaux, remplis dans
le ruisseau, passent de main en main; mais, si vite 15
quiils passent, le feu avance plus vite encore. Comment
lincendie a-t-il commence? Nul ne le sait.
Quelque Etincelle, sans doute, tombe&e dans une grange.
Sur ces toits de chaume, la flamme court sans s’arräter;
une cabane apres Vautre s’effondre, et pas de 20
pompe pour inonder les chaumieres que le feu m'a
pas encore atteintes,
A present, les paysans appellent de leurs veux
Vorage qu'ils redoutaient tout a l’heure. Enfin, les
lourds nuages Eclatent, la pluie tombe ä torrents et 25
&teint les flammes. Mais il est trop tard. Du village
entier l’eglise seule reste debout, la vieille €glise de
pierre, couverte d’ardoises.
Clest la troisieme fois en vingt ans que le möme
malheur frappe cette paroisse.
Le village appartient a un Sseigneur riche et
humain qui, & la premiere nouvelle de lincendie,
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