Deja, la jeune fille, sans s’en rendre compte, devient
republicaine; les r&cits des actes des peuples
libres la remplissent d’enthousiasme, et la vue des
flatteurs et des courtisans de Versailles la degoüte et
5 Vindigne.
Une quinzaine d’annees plus tard, nous retrouvons
Manon Phlipon marige et installge dans la propriete
de son mari & La Platiere, pres de Lyon.
Malgre la resistance de son pere, elle a E€pouse
ıo M. Roland qui a vingt ans de plus quelle; mais c'est
un tres honnete homme, fort instruit, estime de tout
le monde, et qui aime beaucoup sa femme.
A La Platiere, M”°* Roland n'a pas tarde ä S’arranger
une vie aussi occupee, aussi remplie que l’&tait
5 sa vie de jeune fille. Elle aide son mari dans ses
travaux, lui sert de secretaire; puis, comme l'estomac
delicat de Roland ne supporte qu'une cuisine tres
soignee, elle prepare elle-me&me ses aliments, elle
s’occupe des soins du menage; plus tard aussi de
zo l’&ducation de leur fille. Cela ne Vempeche pas de
continuer a travailler.
<On a toujours du loisir quand on sait s’occuper,
Il n’y a que les gens qui ne font rien qui manquent
de temps pour tout,» disait-elle.
25 LA, dans cette petite maison basse et Etroite,
blanchie A la chaux et couverte de tuiles rouges, et
d’od, par un temps clair, elle apergoit au loin, pardessus
les collines plantees de vignes, les Alpes et
le mont Blanc, M"* Roland reste cinq ans. Elle se
zo fait adorer des paysans ä qui elle donne tout ce
quelle peut mettre de cöte€ sur ses minces ressources,
et qu'elle soigne et guerit, gräce ä& ses connaissances