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vue du port et de ces magnifiques vaisseaux que balancait
mollement la marege montante. Entre tous, celui de Bougainville
se faisait distinguer par sa force et sa beaut6;
tous les matelots re&unis sur le pont semblaient attendre la
presence de leur chef pour se livrer & quelque manceuvre.
Une petite chaloupe regut les deux amis, et bientöt
ils monterent sur le pont du navire. Bougainville, sous
pretexte d’avoir quelques ordres & donner, chargea son
contre-maitre de faire visiter & Boncourt l’interieur du
bätiment, puis il s’Eloigna, adressa quelques mots en particulier
a chacun des matelots, et bientöt les ancres furent
levges; rien ne retint plus au rivage le superbe navire;. il
s’Elanca sur les vagues et, toutes voiles deployees, cingla
sur l’eau avec la rapidit& de la flöche. De Boncourt, qui
ne s’attendait pas ä quitter le port, accourut sur le pont,
demanda Bougainville, exigea des explications. “Vas-tu
donc me faire un crime de te procurer le plaisir d’une
promenade en mer sur un vaisseau comme le mien?
Laisse-moi le soin de regler l’emploi de ton temps, et tu
ne t’en repentiras pas.“ Le comte, calme par la gaietg
et la tranquillitg de son ami, se livra tout entier au plaisir
de contempler le magnifique spectacle qui s’offrait a ses
yeux,
La mer, agitege de vagues majestueuses, refletait dans
ses eaux limpides le ciel bleu et le soleil €tincelant; le
navire se balancait avec gräce et semblait parcourir en
conquerant le sillon qwil tracait dans les eaux Ccumantes.
Deja on n’apercevait plus la terre d’aucun cöte, l’immensit6
enveloppait le vaisseau, et Bougainville ne donnait pas
VYordre du retour. De Boncourt perdit patience; il appela
son: ami: “La promenade, mon cher, a dur€ assez longtemps,
il me semble; il est temps qu'elle finisse; retournons
a Brest, il me tarde de me sentir sur la terre ferma;