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Il remarqua enfin, dans une prairie situge a l’oppose, un
troupeau de loups, de tigres, de lions, de pantheres, et de
rhinoceros. Un gros mouton, aceroupi pres du berger,
veillait & la-conduite de ce singulier troupeau, et courait
ca et 14 de temps en temps, pour ramener dans la bonne
voie quelque tigre Echappe, en pincant & belles dents les
pattes du refractaire. Laroutine crut aussi voir, un peu
plus loin, une bande de renards conduits par une poule,
Toutefois il m’a confesse vingt fois qu'il n’oserait lever la
main en justice touchant la realit6 de ce fait. Son trouble
toujours croissant a pu le rendre dupe d’une illusion.
Mon cousin suivait depuis quelque temps la route qui
zonduisait äa la capitale du royaume. Cette route Etait
pavee de gros diamants et bordee d’un trottoir en porphyre,
tandis que les divers sentiers qui y aboutissaient
Etaient simplement couverts d’un €Epais gravier de perles
fines. Le seul inconvenient de la route Etait la poussiere
d’or soulevee par les voitures publiques; le spectacle, du
reste, Etait tres agreable. Laroutine admirait des betteraves
hautes de cent soixante-cinq pieds, du blE dont chaque €pi
aurait dEpasse la flöche de nos cathEdrales, des pommes
de terre qui pesaient trois quiniaux. Les legumes, les
fleurs et les fruits etaient en proportion.
Cependant mon cousin avait €t€ apercu par plusieurs
habitants, qui, voyant en lui un animal 6trange et peutötre
f£roce, avaijent repandu l’alarme dans le pays. Comme
il s’approchait de la capitale, on s’empara de lui par ruse,
et on l’emporta en triomphe dans la menagerie royale;
car il parait que dans la Lune on aime aussi & posseder
de grandes collections d’animaux de toute espece pour
divertir les enfants et les bonnes, et fournir aux sSavants
les moyens de s’instruire. Mon cousin, qui n’avait rien
mange depuis quarante-huit heures, avait bien faim dans sa