Les notions d’âme et de divinité en Afrique occidentale
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et la protéger que pour donner une assise au vase parfaitement sphérique
qu’elles portent.
La langue des Bwa n’ignore pas ce symbolisme. Le trou ou entrée de
terrier n’est pas simplement la porte de la demeure du dieu devant laquelle
on immole une victime ou dresse les tables divinatoires, mais c’est encore
un symbole oral maintes fois utilisé dans les récits mythologiques. Telle cette
vieille femme partie couper un fagot de bois, et qui entrée dans un fourré,
aperçoit un trou, entend des pleurs, comme si des enfants étaient au fond.
La femme s’enfuit alors, court chez le chef de village, lui raconte comment
elle a pénétré dans le fourré et ce qu’elle y a vu : « c’est un trou qui se
lamente» (Cremer, 1927, 26).
Le trou circulaire dans le mur en pisé de la case, par lequel on entre
et sort, est lui-même appréhendé, en de nombreuses circonstances, comme
une matérialisation symbolique de la divinité. Il faut se souvenir que l’habi
tation souterraine est encore de nos jours en usage, et là ou elle a disparu,
la terminologie architecturale ne peut s’entendre que par référence à cet état
de choses antérieur.
C’est en tout premier lieu que le vieillard, chargé d’initier la jeunesse
aux mystères divins, fait appel au symbolisme du trou qui sert de porte.
Comme « la mère, le fond de la coutume [en matière d’initiation] c’est de
garder le secret », les jeunes gens devront commencer par « obstruer la porte
avec les épineux », « mais il faut savoir qu’il ne s’agit pas de vrais épineux
piquants [utilisés pour les clôtures]. On parle ainsi pour tromper le profane. . . »
(Cremer, 1927, 124).
Pour donner une nourrice à un bébé qui vient de perdre sa mère, la
matrone qui se propose pour l’allaitement devra mélanger à l’intérieur de la
case des graines de sésame noir et de la pulpe [blanche du fruit] de baobab. La
mixture doit ensuite séjourner devant
la porte, puis être placée « exactement
sur le seuil de la porte » (Cremer,
1924, 64).
C’est devant la porte de la case de
la fiancée que le chien offert en sacrifice
est débité (Cremer, 1924, 38), et c’est
encore devant la porte du jeune couple
que les envoyés du clan de la femme
viendront déposer les rameaux et les
feuilles symboliques d’une autre hypos
tase de la divinité (Cremer, 1924, 55).
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Le cercle, le disque ou la sphère
à appendice phallique schématise le
Ciel et son sexe. La calebasse à manche
que l’on trouve dans tous les intérieurs,
sera un des objets auxquels on fera
Fig. 5 Fig. 6
Fig. 5. La « grosse plaque de fer ovale avec
manche » des rites d’initiation (Clamens,
1953-B, 79 et fig. 3).
Fig. 6. Calebasse à manche.