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Bibliographische Daten: Zeitschrift für Ethnologie, 11.1879

La Psychologie religieuse des Achumawi. 
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bien la contradiction, mais la contradiction n’a pour lui rien d’impossible. 
Cela se contredit? Eh bien, voilà tout, celà se contredit, et après...? Voilà 
justement où nous civilisés nous ne comprenons pas les primitifs. Nous nous 
sommes formés une certaine technique de raisonnement (qui semble être d’ailleurs 
la plus économiquement pratique pour nous), et par suite, très naturellement nous 
en sommes arrivés à y voir la réalité ultime. C’est très pardonnable. Pour l’Indien 
il y a toutes sortes de réalités. Il n’est pas du tout moniste. N’allez pas croire d’ail 
leurs qu’il ne connaisse pas le raisonnement logique. Vous n’avez qu’à observer 
un Indien dont l’automobile est en panne sur la route. Moi, je me crois intelligent, 
mais quand mon auto se détraque cela me prend des heures. J’essaie ici, et j’essaie 
là, et je tâche de me rappeler tout ce que j’ai appris au collège en fait d’electricité, 
etc., et généralement je n’arrive à rien. Cela me fait honte de voir un Indien qui ne 
sait pas lire, étudier attentivement le moteur et les rouages. Il fait deux ou trois 
essais. Il en tire des conclusions d’une logique impeccable. Cela ne lui prend guère 
longtemps à trouver le défaut. Et c’est ce même Indien qui vous dira très sérieuse 
ment: «Un Tel a empoisonné mon beau-frère.. Il est allé chanter derrière son lit 
l’autre soir, le jour de la fête.» «Mais c’est impossible. Je l’ai vu moi-même ce 
soir-là. Et c’était à cinquante milles d’ici. Il ne pouvait pas se trouver aux deux 
endroits à la fois.» «Et pourquoi pas? Est-ce qu’il n’est pas chamane 
celui-là?» 
En somme, cela revient à ceci: qu’il y a pour l’Indien Achumawi deux sortes 
de réalité. L’une est celle de la vie ordinaire, de la vie de tous les jours, et il sait 
fort bien y appliquer la logique la plus rigoureuse. L’autre est celle d’un monde 
mystérieux, effrayant, où tout est possible. Ces deux mondes d’ailleurs n’en font 
qu’un pour lui. Il ne sait pas où l’un s’arrête et l’autre commence. (Il est d’ailleurs 
probable que s’il le savait, l’un des deux mondes s’évanouirait.) 
Il n’est donc pas juste d’appeler une telle mentalité illogique, car ce 
terme implique un jugement péjoratif: illogique, pour nous, veut dire ce qui est 
contraire à la logique dans une société où la logique est reconnue maîtresse. Il ne 
vaut guère mieux de l’appeler pré-logique, car cela semble indiquei qu elle a été 
le mode dominant à une époque antérieure, et qu’elle a été suivie, et déplacée, pai 
la mentalité logique. Or ceci n’a point du tout été prouvé. Il me semble, au con 
traire, que les deux types de mentalité ont toujours co-éxisté. On peut même diie 
que la mentalité primitive existe encore aujourd’hui, même chez les civilisés, quoi 
que beaucoup moins évidente, beaucoup plus restreinte à la vie affective et sub 
consciente. Les conditions de la vie matérielle des civilisés sont de nature à favoriser 
le mode logique. L’autre mode devrait donc s’appeler a-logique, ou para-logique, 
ou irrationel, excepté que tous ces termes sentent le péjoratif. Je veux ici appeler 
l’attention au livre récent du Prof. Alexander 20 où il parle de la «pensée esthé 
tique». Ce terme me plait beaucoup. Tous les mots qui décrivent la pensée des 
primitifs en termes négatifs de la logique, n’expliquent naturellement rien de positif. 
11 ne nous suffit point de savoir que la pensée primitive n’est point logique. Ce que 
nous voulons savoir c’est ce qu’elle est. C’est là justement ce que le terme «pensée 
*» «L’art et la philosophie des Indiens de l’Amérique du Nord». Hartley Burr 
Alexander. Paris, 1926. 
Anthropos XXIII. 1928. 
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