Indications pratiques pour faire des observ. en matière relig. chez les peuples incultes. 17
en langage européen soit faite en ternies adéquats, et non en des termes qui
faussent les idées parce qu’ils sont en disproportion avec la réalité. Les expres
sions employées par Wissmann à propos du chanvre, telles que symbole sacré
(«geheiligtes Symbol»), prêtresse («Priesterin»), infidèles («Ungläubige»), sont
de vrais types d’appellations inexactes. Rien d’ailleurs dans la langue des Bachi-
langhés n’a pu autoriser Wissmann à faire usage de ces mots, car rien de pareil
n’existe dans le vocabulaire, pourtant abondamment fourni, de cette peuplade.
En matière de termes, propres à une pratique ou à un usage, il vaut
mieux citer le mot ou l’expression qu’emploie le Noir; car, en général, le mot
n’aura pas d’équivalent exact en langue européenne, et pour le traduire il
faudra avoir recours à une périphrase.
L’observation par nous-mêmes des usages et des pratiques des Noirs,
n’est pas toujours possible. Il est bien des choses qui échappent à nos in
vestigations, soit que certaines pratiques ne se représentent que de loin en
loin, p. ex. les cérémonies de couronnement de grand chef, soit qu’elles ne
se fassent que dans l’intimité ou dans le secret, ou pour d’autres motifs encore.
Nous sommes donc obligés de nous adresser au Noir et de le questionner.
Et ainsi nous arrivons à notre seconde question.
11° Comment tirer de l’indigène les renseignements désirés?
Par ce que nous avons déjà dit, il est bien entendu que nous tâcherons
toujours de puiser à la meilleure source possible, c’est-à-dire, que nous nous
adresserons à l’homme libre, intelligent et considéré par ses congénères.
Il importe évidemment de pouvoir bien poser la question, et pour cela
il faut réaliser au préalable deux conditions.
1° D’abord, il faut une connaissance sérieuse et étendue de la langue propre
à ceux que vous interrogez. Il faut posséder leur langue, être à l’aise, vous
être débarrassé autant que possible de vos européanismes, savoir parler des
choses les plus ordinaires de la vie avec le premier indigène venu, de façon
à ce que vous ne soyez pas exposé à de continuels malentendus; cette con
naissance implique aussi l’intelligence de leurs dictons, de leurs proverbes,
de leurs contes et légendes. Si, en outre, vous possédez quelques données
sur les idiomes voisins, vous y trouverez un précieux appoint.
2° Ensuite il faut l’habitude du pays, c’est-à-dire, avoir l’habitude de
traiter avec les Noirs, s’y être fait, connaître leur mentalité, leur fort et leur
faible, et il faut être favorablement connu d’eux. Ceux que vous interrogez
doivent avoir le sentiment que vous vous intéressez véritablement à eux, et
avoir la confiance que les faits qu’ils vous apprendront ne seront point tournés
en dérision, ou immédiatement proscrits.
Ceci est nécessaire. Car, en général, le Noir n’aime pas que le Blanc
en vienne à pénétrer l’intimité de sa vie, la pensée de sa race, leur sentiment
à eux. Il redoute cette invasion étrangère.
Lors même que cette défiance n’existe pas, faut-il encore considérer
que le Noir ne se rend pas compte du motif qui vous pousse à vous mettre
au courant de ses idées. Il ne comprend pas qu’un étranger à sa race ait
Anthropos VIII. 1913. 2