Chansons populaires chinoises de la région Sud des Ortos.
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Apportant la table et le banc,
Ensemble on les place.
En haut de la table, on le place lui.
Et mon père —
Trois bols de légumes, six bols de viande, neuf bols de grand arôme.
Le nouveau gendre ne pouvant plus manger, enferme dans son mouchoir.
Son grand père, le vieux, en prend deux poignées
Son beau frère, ne pouvant voir celà le semonce:
Un nouveau gendre qui va chez ses beaux-parents, c’est par trop laid!
Est-ce que tu ne crains donc pas qu’on se moque de toi?
Notes explicatives.
Cette chanson m’a été dictée par un chanteur ambulant originaire de la contrée de Pao-
t’ou. Il intitule sa chanson: Une noce à Ting-pien, sans doute parce qu’il se trouve dans la
région de Ting-pien; comme il l’intitulerait: Une noce à Ning-t’iao-leang, s’il chantait là-bas.
Ce qui semble le prouver, c’est que la chanson parle de palanquin kiao et qu’à Ting-pien il
n’en est jamais fait usage pour les noces. On se sert du char kiao-tch’eu ze dont la capote
est recouverte d’étoffe rouge; pour les mariages moins huppés la mariée est même transportée
à dos de cheval ou d’âne.
On remarquera que les strophes sont très irrégulières mais comme la mélodie est très
ample, qu’elle est bourrée de syllabes purement euphoniques, il y a toujours moyen de l’une
ou l’autre façon, d’adapter les paroles.
Strophe I. Kou-ieull encore dit kou-tsiang ou plus ordinairement ici tch'oûei-kou-chou
musiciens, p'ouo-p’ouo-kia la belle famille, proprement la famille de la belle-mère par rapport
à la nouvelle mariée. — Cheou-feou relever les cheveux en boule, en nœud, en chignon, ce qui
est chou-feou. Ce détail ne se vérifie pas non plus à Ting-pien, car cela se pratique deux trois
jours avant la noce, la date exacte doit être indiqué par le nin-iang devin. — Houng san ze.
Houng siou sien. Tunique et souliers rouges. On sait que le rouge est la couleur de la joie
comme le blanc est celle du deuil. — Iuan-iang, canard mandarin, mâle et femelle, comme on
les rencontre toujours par couples, les Chinois en ont fait l’emblème de la fidélité conjugale.
Ici: ceinture de mariage (à laquelle en certaines contrées est pendu un pao kin miroir de cuivre).
Strophe 2. Ts’au soutenir sous les bras, lorsque la mariée s’avance sur les fentres rouges
pour aller vers le char ou le palanquin. A Ning-t’iao-leang elle est portée. — J’ai envie de
regarder, mais je suis assise dans le palanquin — avec un voile rouge devant la figure.
Strophe 3. Les paroles dites par la mariée aux porteurs de palanquin sont évidemment
en aparté. Le métier de porteurs est réputé vil; pour éviter que ceux-ci ne se permettent des
plaisanteries, il y a toujours un pa kiao menn de ou gnia (ia) kiao de un frère puîné de la
mariée, qui prend place avec elle dans le palanquin.
Hoa Vang ts’ien la place où l’on fait le pai-t'ien-ti.
Strophe 4 Wo k'iu gni. Ces paroles sont dites par l’époux, la femme n’employera pas
le terme k’iu. La coutume veut que quelques jours après le mariage les nouveaux époux aillent
faire visite aux parents de la mariée. Kin-kio-hia on enlève les bagages, p 3 ou-kai jou-ze les
literies. — Cheou-cheu = tsan-huan-iun-ts'i ornements d’argent. La belle-mère est tellement
empressée de voir son gendre qu’elle ne se donne même pas le temps de faire toilette. — Ion
tch'a du thé à la graisse, breuvage régional très employé ici. On frit de la farine dans de la
graisse, on y verse de l’eau bouillante, ou fait bouillir pendant un certain temps, et on sert chaud.
Cetts boisson est très appréciée par nos gens. — Pien-cheu viande ou légumes hâchés qu’on
entoure d’une couche de pâte et dont on fait des boulettes bouillies à l’eau ou à la vapeur,
d’aucuns les font ensuite frire. Dans notre contrée, ce mets est distingué et est de rigueur au
matin du premier jour de l’an.
Strophe 5. Ta lui, terme très employé par les femmes pour désigner leur mari; elles
disent encore jenn ki on. Parfois: tsa-menn na-i-ko celui-là qui est nôtre, le nôtre.