Rites funéraires des Goun (Dahomey).
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lavage complet du crâne, au savon et à l’éponge. Si, au contraire, elle a été
adultère, depuis son veuvage, avant même que les cérémonies aient commencé,
elle prend la fuite avec son complice. Ils quittent le pays et n’y reviennent qu’à
une époque très éloignée. Mais, au retour, ils sont souvent empoisonnés. Si,
malgré sa culpabilité, la femme ne se sauve pas et verse l’eau chaude sur le
crâne, elle est punie de mort. Après le lavage des crânes, chacun examine les
dents du sien. Celles qui manquent sont remplacées par autant de grains de
maïs jetés dans le pot à couvercle, de peur que le mort ne se réincarne un jour
avec un nombre de dents incomplet. Ensuite, la mâchoire inférieure est placée
à l’intérieur du vase de terre et le crâne sur la mâchoire. Le pot est fermé par
un couvercle. Après, quoi, la famille étend un kplakpla à terre dans une
chambre ou une salle bien exposée à la vue. Sur la natte on aligne une rangée
de caisses, surmontées chacune d’un coussinet d’étoffe blanche. Chaque vase,
renfermant un crâne, est posé sur un coussinet et les assistants reconnaissent
celui qui leur appartient.
En cette nuit même, les femmes, en grand nombre, s’approchent et
s’agenouillent devant les vases de terre. La plus âgée tue un coq et une poule
et marque chaque vase du sang des victimes. Toutes les femmes et les enfants
demeurant dans la maison, viennent alors se joindre au premier groupe et se
tiennent agenouillés. Soudain, une voix s’élève, claire et mélodieuse, du milieu
de cette assemblée. C’est la voix de la femme qui sait le mieux chanter et qui
connaît les noms de tous les fétiches de la région. De toute la ferveur de son
âme, elle se met à invoquer les divinités et à chanter leurs louanges:
Chan fan rie me ku ô!
(La nuit, quand le hibou chante, il se produit un décès.)
A cette intonation toutes les femmes répondent en chœur:
Azan egbe, hun-non e, mi fon e!
Ozan-fon, zan-fon, ekêrê kpoto,
Hunyo gna i dô kpanlan yèhue!
Gna dô azan e gbe hun-non i
Mi fon e!!!
(En cette nuit, nous, personnes vouées aux fétiches et dépositaires des
choses sacrées, nous nous levons.
Avant le jour, avant le jour, de grand matin,
Quand le fétiche sort,
Nous, personnes qui lui sommes vouées,
Nous enfonçons nos pieds dans la boue pour le suivre.
En ce jour, nous, personnes consacrées aux fétiches, et dépositaires des
choses sacrées nous levons la tête!)
Après ce début, le chœur continue:
Hi ayi de lôo agbatu me hue wad,
Hi ahi de na bô non yi bô
Agbakununkon ma jêvo e!
Ohiahide ina bô non yi bô,
Anthropos XXXII. 1937.
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